LECON N° 10 : LES MERVEILLEUX DÉFAUTS DES PARISIEN(NE)S

Publié le par Les Parisiens.net




Je ne sais pas pourquoi, je sens que cette leçon va particulièrement scorer au jackpot de vos coeurs. Le Parisien, cet attachant animal, suscite de par le monde (et surtout la France) d'atroces critiques de son pauvre caractère. Si nous avons pu lister ses côtés positifs dans la leçon précédente (voir la Leçon N°9 : Les jolies qualités des Parisien(ne)s), il est temps désormais de se pencher sur ses défauts. Accrochez-vous, ça va envoyer de la tarte aux pommes. Malgré tout l'amour dont nous sommes capables.



Lorsque j'ai eu l'idée de faire ce blog, étant consciente que, peut-être, je ne détenais pas la vérité universelle sur toute chose, j'ai appelé mes amis au secours. A l'aide d'un petit questionnaire par mail, je leur ai demandé leur opinion sur les habitants de la Ville Lumière. Et bien, vous me croirez si vous voulez, mais la question "Quels sont selon vous les principaux défauts des Parisien(ne)s ?" a particulièrement semblé les exciter. Pas un qui n'ait pas répondu avec une joie perfide sur le sujet. Et, je l'avoue, une certaine justesse.

Les défauts des capitaleux, à l'instar de leurs qualités, sont au nombre de 8. Là encore, si vous trouvez que j'en oublie, n'hésitez pas à m'écrire, je serais ravie de parfaire le tableau. Let's go.




1. LE SNOBISME
Définition : Admiration inconditionnelle pour les manières, les opinions en vogue dans les milieux tenus pour distingués et qui se manifeste par une imitation servile de leur comportement. Admiration artificielle pour tout ce qui est nouveau, à la mode.
Ah oui, évidemment, bien sûr, c'est évident : les Parisien(ne)s sont snobs. A l'affût de la dernière mode, conditionnés par la hype, parfaits petits soldats de la  branchitude, amoureux éternels du must-have, des places-to-be et autres commandements de la société comme-il-faut, les habitants de la Ville ne jurent que par les lois de la mondanité. Ce qui s'oppose, bien sûr, à l'ouverture d'esprit et la curiosité mentionnée dans la leçon précédente. Mais le Parisien est un être complexe pétri de paradoxes. La vraie Parisienne potasse le ELLE, et dans le ELLE, on lui dit que le gris est le nouveau noir, que les bas résilles sont pathétiques, qu'il faut boire des smoothies bio et que si elle ne lit pas le dernier Truc, elle peut immédiatement penser au suicide. Le Parisien lit Libé, fuit les lieux branchouilles pour préférer les underground (ce qui est parfaitement interchangeable, et c'est là que sa naïveté est touchante), préfèrerait être décapité place de la Concorde plutôt que de s'habiller à la Redoute et clame partout qu'il s'y connaît en vins. La liste des snobismes parisiens est impossible à faire ici, parce que 1/ Elle est immensément longue, et 2/ Elle change toutes les semaines. Résumons-la en affirmant qu'il y a des choses qui se font, d'autres qui ne se font pas, que les gourous de la société fashion en dictent les règles, et que tout Parisien qui se respecte y obéit aveuglément en faisant croire que c'est lui qui en a eu l'idée le premier. Complexe ? Non, stupide. Mais délicieux, et extrêmement rassurant.


2. LE CHAUVINISME
Définition : Patriotisme ou nationalisme exclusif, dénigrant systématiquement tout ce qui est étranger au profit d'une admiration inconditionnelle pour ce qui est national.
Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : le Parisien pur jus ne vote pas extrême-droite ! Non, son chauvinisme à lui, c'est Paris. C'est tellement un pays à ses yeux qu'à l'étranger (voir Leçon N°2 : Être Parisien(ne) à l'étranger ) il ne dit pas qu'il vient de France, mais de Paris. Sa ville, c'est son fils, sa bataille, fallait pas qu'elle s'en aille. Son chauvinisme est tellement exalté qu'il serait prêt à mourir pour la patrie - la patrie n'étant, je vous le répète, pas son pays, mais sa ville. Voire, son quartier... Car, chauvin parmi les chauvins, patriote au carré, cocardier sur-extrémiste, le Parisien défend également une ville dans la ville : son propre arrondissement. Parlez de Belleville à une habitante du XVIème, elle s'étouffera avec ses macarons. Proposez Neuilly à un inconditionnel du Marais ou des quais de Valmy, il ricanera franchement. Mentionnez les Abbesses à un germanopratin, il se jettera illico dans la Seine. Généralement, les Parisiens vouent un amour inconditionnel à leur quartier, qui devient vite une religion. Parfois, ils tentent la délocalisation dans un autre quartier pour flatter leur esprit d'aventure, et là, deux cas de figure : 1. Ils reviennent dans leur ancien chez-eux la queue entre les jambes, 2/ Ils se convertissent à leur nouvel religion tels des Infidèles sous le feu des Croisés pour ne pas perdre la face (un Parisien ne perd jamais la face) et renient avec force leur ancien amour pour chanter les louanges du nouveau.
Quant au chauvinisme classique des Parisiens face à ce qu'ils nomment la "province", il n'est même pas besoin d'en parler tant il est évident. La France n'existe que de temps en temps, en congés ou en week-ends, généralement le temps de réaliser combien elle ne vaut pas Paris. Même si elle est bien mignonne avec ses plages, ses petits villages morts et ses attendrissants produits du terroir qui sentent bizarre.

NDLR : Afin d'être totalement impartiale sur ce post, j'aimerais tout de même préciser que le chauvinisme n'est pas réservé à la capitale. Dites dans n'importe quelle région française que vous êtes Parisien, et vous vous prendrez immédiatement un regard oblique ou des ricanements en pleine face (si vous êtes dans une région chaude, on pourra également vous jeter des pierres ou des chatons morts). En effet, si le Parisien n'aime pas la "province", celle-ci le lui rend bien, l'accusant de tous les défauts mentionnés ici, voire plus. Elle critique son non-sens de la nature et son mode de vie absurde, sans jamais tenter de le comprendre. Comme susdit dans la leçon précédente, dans l'hexagone, on n'est rien qu'une grande famille qui s'aime.



3. LE STRESS
Définition : Agression de l'organisme par un agent physique, psychique, émotionnel entraînant un déséquilibre qui doit être compensé par un travail d'adaptation. Réaction de l'organisme à l'agression subie. Agent qui agresse. Tension nerveuse, contrainte de l'organisme face à un choc (événement soudain, traumatisme, sensation forte, bruit, surmenage). État d'une personne soumise à cette tension.
Le Parisien stressé, un pur exemple de pléonasme. Tout habitant de la France (oui, capitale incluse) vous le sort en tout premier lieu lorsqu'il parle des désavantages flagrants de cette ville. Oui, oui, et oui, le Parisien est monstrueusement stressé. Hystérique même sans cocaïne, il arpente sa vie comme on court un 100 mètres haies, risque la fracture du myocarde à chaque douloureuse minute, se plaint sans cesse de ce "rythme de fou", mais ne ralentit pas. Jamais. Car s'arrêter de courir à Paris, c'est la mort. Toujours overbooké, éternellement survolté, paniqué de l'agenda, l'habitant de la capitale poursuit sa fuite éperdue car le Temps est son ennemi N°1. Il fait rimer "stressé" avec "pressé" et, hélas, n'a pas le choix : nouvelles technologies et compétitivité oblige, son mode de vie ne risque pas de s'arranger avec le temps. Posez-le à la campagne, le silence et la lenteur de vivre le paniqueront mieux qu'une attaque de missiles nucléaires. Le stress est sa drogue, l'adrénaline sa vitamine. Pour lui et ses pairs, c'est naturel. En revanche, c'est très, très fatigant pour les autres.


4. LA BLASITUDE
Définition : Personne qui pense avoir épuisé l'expérience humaine et qui est dégoûtée de tout.
Ouh, mais que les Parisien(ne)s sont blasés ...! C'est l'une de leurs principales caractéristiques, et elle marche main dans la main avec le snobisme. Le Parisien a tout vu, tout fait, tout entendu, et surtout, tout jugé. A noter : il a forcément fait tout cela le premier. L'un de ses adages favoris est d'ailleurs : "C'était mieux avant" (en parlant indifféremment d'un resto, d'un lieu de vacances, voire d'un livre même si celui-ci n'a pas changé d'une ligne, peu importe). Jamais pris en flagrant délit d'ignorance, incapable de se retenir d'avoir un avis définitif sur tout, le Parisien est aussi désabusé de la vie qu'une star dans un grand hôtel de luxe. Il l'exprime d'ailleurs beaucoup (voir la Leçon N°5 : Être Parisien(ne) et s'exprimer. Souvent, sa façon de l'exprimer est de râler. Il peste contre tout et tout le monde. Sa mauvaise humeur est un bonheur à observer (sauf quand elle s'adresse à vous). Quand, parfois, à son grand dam, il s'enthousiasme pour quelque chose, c'est parce que ladite chose est 1/ Totalement nouvelle (même la personne qui l'a créée n'est pas encore au courant), et 2/ Totalement hype. mais ça ne dure jamais très longtemps. C'est une question de standing.
Pour pousser la réflexion un peu plus loin (soyons fous), je dirais que cette blasitude, au final, entraîne le Parisien à être cynique (définition : "qui fait fi des conventions sociales et morales"). Quand on est revenu de tout, on ne respecte plus grand chose.
Or, comme me l'a très justement fait remarquer ma copine Clémence : "Existe-t-il plus belle preuve d'intelligence que le cynisme ?". Et, pour étayer son propos, de citer Serge Gainsbourg, l'un des plus fantastiques Parisiens du monde : "Mon écriture cynique n'est pas un genre mais une vision". Oui, les Parisien(ne)s ont souvent des visions. Il serait juste agréable qu'elles soient toutes aussi bonnes que celles de Serge.


5. LA PRÉTENTION
Définition : Attitude de quelqu'un fondée sur une opinion trop avantageuse qu'il a de lui-même. Ce qui, dans quelque chose, reflète la volonté d'en imposer, de montrer une certaine supériorité.
Là, je vous donne un bel os à ronger. Le mot "prétentieux" revient particulièrement dans les bouches pleines de fiel qui crachent sur les habitants de Paris. Et, je l'avoue sans fierté, ils n'ont pas tout à fait tort. Découlant logiquement de son snobisme et de sa blasitude, la prétention est à peu près aussi essentielle au Parisien que son café-croissant du matin. Ils sont les plus élégants, les plus cultivés, les plus beaux et les plus forts de toute la planète (on ne mentionne même pas la France des bouseux, hors-catégorie). Mettez dix personnes de dix régions différentes à une table, laissez-les parler cinq minutes, vous trouverez très facilement qui est le Parisien : plus sûr de lui qu'un Bernard Pivot en cours d'orthographe de CM2, il aura étalé tout ce qu'il sait/sait faire/connaît sur le bout des doigts en 49 secondes 12 centièmes. Même les concurrents directs de la Ville Lumière, les Londoniens et autres New-Yorkais (seules villes supportant à leurs yeux une vague comparaison avec Paris) ne leur arrivent pas à la cheville. Les Parisiens savent tout sur tout, point. Il n'existe pas d'autre population au monde possédant leur degré de savoir-vivre ou d'ouverture au monde. Oui, oui, ouverture au monde, vous savez, le monde qui ne leur arrive pas à la cheville et qu'au fond, ils ne voient pas bien l'intérêt de connaître puisque tout est moins bien ailleurs. Bref, en résumé, Paris a la plus grosse quéquette du monde, et l'a d'ailleurs clairement symbolisé en bâtissant la tour Eiffel.


6. L'EXIGENCE
Définition : Qui est difficile à contenter ; dur, strict. Qui exige beaucoup de soins, d'attentions.
Parce qu'il est persuadé de son bon droit et de son intelligence, le Parisien, je l'avoue de nouveau sans fierté, est en effet assez exigeant. Pour ne pas dire despotique. C'est d'ailleurs souvent comme ça qu'à l'étranger ou en province, avant même d'avoir remarqué sa plaque de voiture ou son accent, on le remarque parmi les autochtones : il n'est jamais content. Le serveur du restaurant ne va pas assez vite, l'hôtel est miteux, la pollution est incroyable dans cette ville (... oui, il ose), les boutiques sont fermées entre midi et deux, la connexion 3G est nulle, les toilettes sont sales, les boites de nuit minables ... La liste des griefs du Parisien en dehors de son territoire est sans fin, mais là où ça devient rigolo (et surtout insupportable), c'est que même dans sa ville chérie, il n'est jamais content ! Tout est bof, voire lamentable. Alors oui, c'est en partie parce qu'il se doit d'être snob et blasé, et nous pouvons aussi mettre son côté râleur sur le compte du stress permanent, mais pas seulement : gâté pourri par sa riche mégapole, habitué à ce que maman-cité accède immédiatement à tous ses désirs, surcouvé par une ville multicadeaux, le Parisien est un  enfant gâté, un fils unique détestable, une petite chatte trop léchée. Ce qui nous entraîne directement à la suite : son égoïsme. 


7. L'ÉGOÏSME
Définition : Attachement excessif porté à soi-même et à ses intérêts, au mépris des intérêts des autres.
J'aurais pu appeler ce défaut "égocentrisme", mais ayant beaucoup de tendresse pour Les Bronzés Font du Ski, je préfère citer la réplique suivante : "Quel est le principal défaut de Bernard ? - Il est égoïste !". Oui, Bernard est parisien, atrocement Parisien. Nous sommes tous des Bernard, mais aussi, apparemment, des enfants de 3 à 7 ans si nous en croyons la définition du mot "égocentrisme" par le Larousse : "Tendance à ne considérer que son point de vue et ses intérêts propres. Indissociation, dans le raisonnement, du point de vue propre et du point de vue d'autrui, qui constitue la caractéristique essentielle de la pensée des enfants de 3 à 7 ans."
Nous voilà bien. C'est vrai : en termes un peu crus, disons que le Parisien ne pense qu'à sa gueule. Malgré sa certitude d'être bien éduqué, malgré les bonnes manières apprises en famille, malgré ses écoles catholiques ou privées, le Parisien dit à peine bonjour ou merci, ne tient jamais la porte à personne (sauf la jolie fille en jupette) et vole les places de parking sous les yeux du premier arrivé sans vergogne. Il annule ses dîners en dernière minute (et encore, quand il pense à le faire), a la flemme d'aider la vieille du 7e à monter ses courses, fait pousser ses dents jusqu'en-dessous du plancher au boulot pour sonner le glas de ses collègues, pourrait tuer de sang-froid pour obtenir un poste-une femme-le dernier sac Chanel en soldes, bref, un animal, une bête, un monstre. Peut-être trouvez-vous que le trait est ici exagéré. Moi aussi. Mais je vous assure, c'est comme ça que nous voient les non-parisiens qui montent à la capitale. Je sais, ça fait turbo-froid dans le dos.



8. LA COINCITUDE (un néologisme explicite)
Définition : / (Bizarrement, je n'ai pas trouvé ce terme dans le Larousse).
Gardons le plus rigolo pour la fin : les Parisien(ne)s sont d'un coincé ...! Tout sauf détendus des chakras ,totalement culs-cousus (j'aime beaucoup cette expression), le Parisien et la Parisienne se veulent dévergondés, spirituels, fous, aventureux, libres, mais soyons francs, ce n'est qu'une piètre façade. Surprotégés par leur petit monde magique, à l'abri de leur périphérique, les Parisiens sont absurdement contractés de la fesse. Chez Castel, au bureau ou dans le bistrot du coin, ils la ramènent comme des porcs ayant trouvé une truffe. (or, chez Castel, on trouve pas mal de truffes) Mais hors de leur territoire habituel (même sans aller loin, ça peut être la rue d'à côté), les voilà taiseux, apeurés, méfiants, et clairement dépourvus de toute spontanéité. J'ai fait du back-pack quelques mois en Asie (... oui, je me la raconte à mort, c'est normal, je suis une sale Parisienne), et croyez-moi, je repérais les Parisiens au premier coup d'oeil. Ils ont peur des araignées, peur de manger quelque chose de sale, peur d'être malade. N'ont pas envie d'aller dans ce bar parce qu'il a l'air mal famé. Ne veulent pas trop parler au monsieur qui porte des dread-locks parce qu'il a l'air bizarre. Sans aller jusqu'au road-trip, emmenez un Parisien dans une soirée parisienne hors de son cercle habituel : le lion prétentieux pourrait magiquement se changer en petite chose bêlante. Et, sans alcool, bon courage pour le dévergonder. Non, c'est un fait, le Parisien n'est pas roots. Le monde extérieur lui fait peur, et plutôt que de l'avouer, sa défense est simple : il n'aime que Paris, alors, pourquoi aller voir trop longtemps ailleurs ?
NDLR : Cette "coincitude anti-roots" concerne, bien entendu, certains arrondissements plus que d'autres. Neuilly, le 7e et le 16e (voire le 15e aussi) peuvent directement se sentir très, très visés. Les 19 et 20e, bien sûr, peuvent se rouler un blaz tranquille, ils ne sont pas trop concernés.
De rien.



Je voudrais terminer ce long post en disant que tout ça, c'est n'importe quoi. Je n'en pense pas un mot. Des habitants de la Creuse (je soupçonne même l'un d'entre eux d'être originaire du Lot-et-Garonne) m'ont mis un flingue sur la tempe et obligée à écrire sous leur abjecte dictée. Je vous demande donc de m'excuser pour cette immonde loghorrée. Et pour vous rassurer, vous propose d'aller consulter la Leçon N°9 : Les jolies qualités des Parisien(ne)s. 
Merci de votre compréhension.



NDLR : Toutes les définitions citées sont tirées du dictionnaire Larousse, qui n'est pas le plus mauvais de sa catégorie.



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hurard 25/10/2009 09:39


Merci, merci et encore MERCI. je me suis pissé dessus en lisant votre blog. vraiment magnifique. Parisien jusqu'au bout des os des doigts(particulierement celui que je brandis, dressé,seul à la
face des non-parisiens haineux)je confirme la justesse et la finesse de votre étude. splendide!
kiss
LH


Guillaume 20/10/2009 12:27


Parisien de naissance, pur porc, je me reconnais tout à fait dans ce post, tout ceci est vrai, nous sommes exactement comme c'est précisé dans le texte.

Oui, et alors?

Un vrai parisien, de mauvaise foi, dira: "pff, c'est parce que vous les provinciaux, vous êtes jaloux"

hehehe, j'ai pas raison?