Leçon N° 5 : ÊTRE PARISIEN(NE) ET S'EXPRIMER

Publié le par Les Parisiens.net




Parler français n'est pas suffisant pour devenir Parisien(ne) : à l'instar du breton ou du corse, un patois typiquement local permet aux habitants de la ville lumière de communiquer entre eux, se reconnaître et se différencier des maudits estrangers. Vocabulaire, attitudes, expressions : maîtrisez le langage du cru !



RÈGLE N°1 : LA POLITESSE, UNE ESPÈCE RARE

Commençons par le plus élémentaire : le "bonjour". Sachez que vous ne l'emploierez pas beaucoup. En effet, que ce soit avec les voisins, les commerçants ou au boulot, Paris n'est pas friand du Bonjour, voire du Merci ou du Au Revoir. Pas que les locaux soient grossiers, non (ils mourraient de honte plutôt que de l'être), simplement, ils n'ont pas le temps, ou bien ils ne vous ont pas vu. Enfin, parfois, certains y arrivent, heureusement. Mais ne soyez pas trop à cheval sur la politesse si vous voulez être serein à Paris. Cela concerne également les portes que l'on tient (uniquement aux jeunes et jolies femmes en robe, les autres peuvent décéder) ou tout autre type de règle de bienséance. Vous trouvez ça rude ? Mais pas du tout : on n'a pas le temps, c'est tout ! Je vous le répète ici pour la énième fois : LE PARISIEN EST PRESSÉ. Point. 
A noter : si vous dites bonjours à des amis (ça, ça se fait), jouez la internationale : Hola, Hello, Hi, Hey, voire Salam Aleykoum sont tout à fait acceptables, voire recommandés dans les salutations. Et oui, sous ses dehors d'ours bourru, le Parisien est cosmopolite et aime à s'ouvrir au monde.


RÈGLE N°2 : PUTAIN DE BORDEL DE MERDE

Ces coquins de Parisiens ont généralement un langage fleuri : noms d'oiseau, vocabulaire de charretier, insultes tendrement proférées ... Ne soyez pas effrayés par le côté coloré de leurs échanges ! Ici, un "Sale enfoiré !" accompagné d'une bourrade est considéré comme affectueux, et, en voiture, le conducteur parisien est systématiquement atteint du syndrôme de Tourette (c'est génétique). Vous croiserez aussi de bonnes amies se traitant de salopes en riant aux éclats. N'ayez pas peur. C'est chaleureux. Affectueux. Mignon. Bizarre, oui, aussi.


RÈGLE N°3 : LES PETITS SURNOMS 

A l'opposé, les Parisiennes de sexe féminin affectionnent particulièrement les petits noms régressifs et collants comme des bonbons, qu'elles distribuent à tout le monde et sans aucun sens commun : "chouchou", "chéri(e)", "cocotte", "baby" ou "sweetie" (voir plus bas pour les anglicismes) sont entendus à tous les coins de rue, et pas forcément entre personnes qui se connaissent bien. Personnellement, j'ai connu des attachées de presse qui m'appelaient "Ma belle" ou "Pupuce" après m'avoir eu une fois 5 secondes au téléphone. On s'y fait (ou pas).


RÈGLE N°4 : L'ESPRIT VAN DAMME

Un autre caractère distinctif du patois parisien est son amour des anglicismes : ici, tout le monde est Jean-Claude Van Damme, et semble avoir oublié les plus élémentaires des mots français. Quelqu'un de mignon, par exemple, n'est pas mignon, mais "cute". Un truc évident n'est pas évident, mais "so obvious". Une fille à la mode n'est pas à la mode, mais "fashion", et elle porte pas les indispensables de la saison, mais les "must-have", comme son sac qui n'est pas un sac mais un "it-bag". Un rendez-vous galant est un "date", et une cible potentielle (amoureuse, s'entend) est une "target". Une rumeur est un "buzz", une personne célèbre est un "people", un truc incroyable est forcément "amazing", et on peut crier "Yeah !", "My god !", "Fuck !" ou "Nice !" pour à peu près n'importe quelle raison sans que personne ne nous regarde de travers. Que voulez-vous, c'est "so frenchy" (...?!).


RÈGLE N°5 : LE VERLAN À LA SAUCE PIVOT

Dans la série contradictoire, n'hésitez pas à faire le grand écart entre élégance à l'ancienne et jeunisme éhonté. C'est-à-dire :
1/ Pratiquez une grammaire impeccable, un vocabulaire précis, des tournures de phrase dignes des plus austères écrivains du XIX° siècle, bref, exprimez-vous plus que correctement. On n'est pas chez les bouseux, je vous rappelle.
2/ Assaisonnez-les de références littéraires, picturales ou musicales de qualité (ce qui prouve que vous avez de l'éducation, comme tout bon Parisien qui se respecte), et ce, même si ce n'est avec aucun à-propos - votre interlocuteur pensera de toutes façons que s'il ne saisit pas le rapport avec le sujet, c'est qu'il manque de culture, et donc, fera semblant de comprendre d'un air entendu. Ne lésinez pas.
3/ Insérez dans tout cela quelques mots de verlan, ou les grossièretés dont on parlait plus haut. Ajoutez-y un bon vieil anglicisme, et paf, vous serez parfaitement local !
--> Par exemple, si à un dîner, le maître de maison vous demande ce que vous faites dans la vie, vous pouvez répondre : "Putain, j'eusse préféré que nous parlions d'autre chose que de labeur, c'est trop relou ! Dear god, ces mets sont si délicieux, votre meuf est une cuisinière hallucinante, digne des demoiselles d'Avignon de ce bon vieux Picasso !" 
(... ou pas, j'ai comme un doute sur ma phrase, tout à coup).


RÈGLE N°6 : EXCESSIF OU BLASÉ ?

Autre chose : on parle souvent des Marseillais pour leur côté "exagérant". Il semblerait que les Parisiens, pourtant ennemis jurés de leurs cousins du Sud (et je ne parle pas que du foot), veulent les concurrencer dans ce domaine. Certain(e)s Parisien(ne) ont du mal avec la demi-mesure : tout est dingue (ou amazing), énorme, hallucinant, et une bonne chanson ou un bon film sont des "tueries", voire des "boucheries". Si vous trébuchez dans le métro, c'était une expérience "atroce", voire "horrible". Si vous avez croisé un mec pas mal, il était "juste sublime". Ah d'ailleurs, je profite de cet exemple pour introduire le mot "juste", absolument indispensable (et insupportable), à replacer à toutes les sauces, qu'importe le contexte (exs : cette jupe est juste parfaite, mon boss est juste trop con, je vais juste trop me suicider ...).

Mais ce côté too much (oui, too much, je suis parisienne, je pratique l'anglicisme) est un peu trop bas de gamme, en réalité. Si vous souhaitez vraiment la jouer Paris pointu, soyez au contraire extrêmement tiède : ce restaurant est "pas mal", cette top-model est "assez jolie", ce Kandinsky est "correct" ... Vous trouvez que ça donne l'air chiant ? Pas du tout, malheureux ! Ca donne l'air BLASÉ. Le Parisien adore être blasé. Parce qu'il a tout vu, tout fait, tout entendu, sachez-le. L'enthousiasme exagéré marque, selon lui, l'inexpérience, la naïveté. Soyez revenu de tout, désabusé, sceptique, et Delanoë vous sacrera illico citoyen d'honneur.


RÈGLE N°7 : VOTRE CORPS PARLE

Côté langage du corps, attention : ne commettez jamais l'erreur fatale (erreur dite "juste horrible") de saluer quelqu'un en lui faisant plus de 2 bises ... ! Cela marquerait immédiatement votre provincialité, voire pire, votre banlieusité, et vous rejetterait illico dans les limbes de la société parisienne. Deux bises, donc, voire pas du tout (c'est étrange, c'est distingué, c'est classe). Vous pouvez éventuellement, si vous êtes un(e) vrai(e) dingue en quête du style le plus pointu, en faire une seule. Cela aura en plus l'avantage de laisser votre interlocuteur dans le vent, et marquera donc votre supériorité un bref instant - le Parisien aime à marquer sa supériorité. Bref, tentez, ça peut être amusant.
N'hésitez pas, langage du corps toujours, à toucher : bien loin de la froideur qu'on lui prête parfois, les Parisien(ne)s touchent, et se laissent toucher. Une main sur le bras, sur l'épaule, un frôlement ... Peut-être à cause de (ou grâce à) l'ambiance de flirt qui plane dans le ville, Paris a les mains baladeuses. Entre gens de bonne compagnie, s'entend.


Voilà, vous avez désormais une bonne base pour être bilingue (ou plutôt "total fluent") en parisien. Exercez-vous, et pratiquez le plus possible, cela vous fera aisément gagner la sympathie des locaux. Bordel de fuck.


Bientôt dans la même catégorie :

-  Être Parisien(ne) et sociabiliser
-  Être Parisien(ne) célibataire
-  Être Parisien(ne) en couple
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article